CONFERENCE DE MR BEDDY OULD EBNOU
SUR LE THEME:
"LES DESSOUS D'UNE NORMALISATION ANORMALE".


**** L'ALLIANCE DES FORCES DE REFUS
MR BEDDY OULD EBNOU
PRESIDENT DE L'ALLIANCE DES FORCES DE REFUS****

Chers frères, chères sœurs, l’admirable linguiste et essayiste américain juif Noam Chomshy disait de la normalisation avec l’Israël : " c’est une tentative rationnelle de consacrer l’occupation israélienne. ". Je le cite non seulement pour ce qu’il dit, souvent très sensé, mais aussi pour ce qu’il est. La quantité colossale de sottises à laquelle nous avons eu droit ces derniers jours, autant de la part des " partisans " de la normalisation que de la part de ses adversaires, mérite que l’on commence par un avant propos.
D’abord nous ne nous sommes pas opposés à la normalisation pour des raisons religieuses au sens restreint de ce terme. Nous nous y opposons pour des principes moraux, universellement admis. Secundo il n’y pas de problème judéo – islamique et il ne doit pas eu avoir un problème non plus judéo – arabe. Tertio il y a un problème avec l’Israël en tant qu’institution ( responsables - directs et indirects - et cadres juridico - idéologiques) et non pas avec tous ceux qui résident en Palestine occupée.
Quarto ceux qui identifient les juifs ou le Judaïsme à Israël ou au sionisme n’ont réellement que très peu de choses à reprocher à ce dernier. Ils ne diffèrent pas beaucoup de son l’optique sioniste et lui apportent surtout une aide inestimable. Cela nécessite quelques petits développements complémentaires : le projet sioniste a fondé un Etat " grâce " à la destruction planifiée de la société palestinienne (musulmane, chrétienne et juive), càd " grâce " à des massacres, expulsions et colonisation. Aux victimes juives des siècles d’oppression européenne sans égale ( et dont l’horrible Hauzswitch n’est qu’un aboutissement ultime) les sionistes ont dit : " Voici une terre sans peuple pour un peuple sans terre ". Le problème central est là et non pas ailleurs. Le vrai nœud est ce mensonge originel et fondateur. C’est ce que l’excellent, écrivain américain d’origine palestinienne, Edward Saïd, appelle " l’acte fondateur qui a promu les palestiniens au rang des victimes des victimes ".
Ceux qui évoquent des versets corniques ( du reste hors sujet, décontextualisés et utilisés à des fins purement démagogiques; au passage signalons, et c’est fort connu, que la moindre lecture sérieuse du Coran montre son œcuménisme et son grand respect et du Judaïsme et du Christianisme.) qui s’adressent à des tribus juives médinoises du temps du Prophète versent, volontairement ou involontairement, dans des amalgames déroutants. Non seulement ils ne comprennent pas la rhétorique spécifique du Coran, ni celle de ses niveaux de discours (En cela ils font la même démarche que certains sionistes vis à vis des textes hébraïques), encore moins l’absurdité des multiples raccourcis auxquels ils procèdent, mais surtout ils n’ont rien compris au problème ; ils nous rendent particulièrement la tâche difficile car ils ont une capacité record à propager des malentendus. Dire que les juifs ont toujours étaient nos ennemis est à la fois faux, immoral et nuisible à la cause palestinienne et musulmane.
De nouveau j’aimerais le réitérer : le problème de l’anormalité de la normalisation avec l’Israël n’a rien de théologique ; il ne s’inscrit pas dans des textes, encore moins dans des exégèses mais dans des faits ; il faut le chercher dans les dures réalités du XX ème siècle et nulle part ailleurs. Il s’agit d’un nettoyage ethnique génocidaire basé sur une idéologie et consacré par des arsenaux juridiques qui continuent depuis 50 à faire des ravages jusqu’à nos jours. C’est ces pratiques que nous refusons . Nous refusons que notre pays ne les cautionne ou participe de quelque manière que ce soit à leur légitimation. Mon frère N’Gaidé disait, il y a peu de temps, ou on milite pour une justice véritable ou on ne milite pas. Mais nous ne nous trompons pas d’ennemis. Une partie de ceux que l’on appelle les israéliens est aussi opposée à ces pratiques au même titre que nous. Ceux-là constituent des alliés potentiels comme le dit également Edward Saïd. J’ai personnellement plus d’idées à partager avec les écrits d’un certain Uri Avneri, l’auteur du célèbre " Mon ami l’ennemi ", militant de longue date pour l’intercompréhension, israélien et sioniste de surcroît, qu’avec les prêches " imbuvables " de plusieurs Imams de NKCTT[ ce n’est fort heureusement pas le cas de tous car certains parmi eux sont restés d’une lucidité méritoire.]
Je rappelle au passage que lorsque le poème de Mahmoud Darwich : "Passagers dans des paroles passagères. " a provoqué un véritable tollé en Israël comme en Occident, à l’instar de la fameuse déclaration de Chamir au Kneset : " Si Darwich est un modéré que Dieu nous protège contre les durs. ", Avneri a écrit cette phrase géniale : " Ce n’est justement qu’avec les ennemis que nous avons besoin de faire la paix. "

Je ne vais pas m’attarder sur les causes directes et indirectes que beaucoup se sont évertués à détailler ces derniers jours. Mais j’aimerais les résumer ainsi : la mafia au pouvoir a commis tellement de crimes humains et économiques. Pour reémerger sur le plan international, intimider les militants des ONG et faire taire la presse internationale, elle a, aujourd’hui, besoin d’un allié puissant et l’Etat d’Israël (qui, lui aussi, a beaucoup de choses à se reprocher) serait perçu, à ce titre, comme le sauveur potentiel. Les Mauritaniens ont donc tout à perdre et la mafia à gagner provisoirement. La politique étrangère telle qu’elle est menée par le gouvernement de Ould Taya répond à une logique de ponctualité ; or on ne peut pas fonder une politique étrangère sur l’éphémère- circonstancielle. Une véritable politique doit répondre à une vision globale, pour un avenir qui participe à de bonnes relations durables. Elle doit tenir compte des aspiration de la Société globale, inscrite dans le temps et l’espace, et de sa réalité – possibilités et viabilités- .

"J’ACCUSE":
REQUISITOIRE CONTRE LA MAURITANIE


"J’ACCUSE":REQUISITOIRE CONTRE LA MAURITANIE

Si j'ai choisi ce titre, c'est d'abord pour faire un appel aux intellectuels mauritaniens en particulier et étrangers en général pour que s'installe entre eux un véritable débat sur l'avenir de la Mauritanie et sur les voies et moyens d'en finir une fois pour toutes avec la dictature en place. Je ne voudrais pas qu'a la manière du texte de ZOLA, qu'il divise l'opinion publique Mauritanienne, je voudrais au contraire qu'il nous amène à réfléchir concrètement à l’avènement d'une véritable société civile Mauritanienne dont le peuple serait l’unique bénéficiaire.

Les calculs politiciens et mesquins doivent enfin laisser la place à l’unique acteur meurtri du système Taya. le pouvoir doit revenir au peuple. Il nous appartient de l’y aider.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, La Mauritanie est un pays constitutionnellement Arabe et constitutionnellement islamique. Deux contradictions qu'il faut analyser à fond et chercher à réorganiser et à réadapter dans un contexte social national et international très différent. C'est aussi un pays à consistance ethnologique très diversifié et très complexe. Un vaste pays(deux fois et demi la France) à forte composante noire et à faible composante blanche (mélaninement parlant, encore que culturellement, ça se discute).

La Mauritanie est d'ailleurs plus un projet, qu'un pays, qu'une nation(au sens Renanien du terme); l'on y projette d'arabiser à outrance, de "dénegrifier" à outrance, d'esclavagiser à outrance , de tribaliser à outrance et de se ridiculiser à outrance. Ce projet national est incarné depuis ces dernières années par un homme, un militaire de formation, médiocre à l’école (il était avant-dernier de sa promotion à l'entrée en sixième), piètre chef d'Etat major, mauvais premier ministre et chef d'Etat inconséquemment trivial. Si le ridicule tuait, la Mauritanie en serait la première victime. La médiocrité est chez nous honorée, encensée; il n'est pas exclu qu'un jour, le prix Nobel de la médiocrité nous soit décernée (lorsque nous l'aurons inventé!) ;

notre pays a le génie unique de ne promouvoir que les plus nuls ; l’ascension de notre chef de l’Etat à la magistrature suprême en est la preuve la plus flagrante. Notre pays est en train de pourrir aux mains de l'apôtre, du prophète de l'incompétence; il est, comme le "TITANIC" en train de sombrer dans les méandres des eaux puantes de la Méditerranée.

Concernant les contradictions citées plus haut( Islamisme et Arabité), c’est tout simplement une question de bon sens et de vérité simpliste que de dire que la Mauritanie n’est pas un pays Arabe car se trouve sur son territoire des populations qui ne se revendiquent pas comme telles ; Quant à la question islamique, je suis porté à croire que si, à un certain moment de l’histoire la Mauritanie était musulmane à 100%, ce n’est plus le cas désormais ; nous comptons dans notre population des non-musulmans mauritaniens qui ont aussi droit à la reconnaissance et au libre exercice de leur culte.

Les combattants de liberté que nous sommes nous obligent à considérer l’autre comme ayant les mêmes droits que nous, dans quelque mesure que ce soit et sous quelque régime que ce soit. On ne peut se battre que pour une totale LIBERTE, ou on ne se bat pas ; la laïcité doit donc un jour faire partie des débats et c’est de notre capacité à régler des problèmes de ce genre que dépendra l’avenir de notre pays. Laissons une fois pour toutes les archaïsmes aux vestiaires. je vois d’ici, dèjà, ceux qui nous taxerons d’hérétiques.

Si ma mémoire est bonne, c’est en pleine période de ferveur religieuse que la Mauritanie a perdu plusieurs de ces citoyens( avril 89, Ramadan)

En parlant de nos ressources et du mauvais usage qui en est fait, nous savons posséder l'une des côtes les plus poissonneuses du monde, notre cher poisson que les foyers pauvres des "GAZRA", des "KEBBAS" et des "MEDINA" voudraient bien voir dans leurs assiettes, se retrouvent, par le génie de transactions financières douteuses dans les assiettes du Français du LIMOUSIN, du Chinois de HANGZHOU, du Russe de NOVGOROD, de l'Anglais de LIVERPOOL, de l'Hollandais de HILVERSUM ou de l’Espagnol de la COROGNE.

Notre Fer, notre cher fer que l'on brade depuis des années à la France en particulier continue de faire la joie des usagers Franciliens du métro et du RER et le malheur des ouvriers des mines de ZOUEIRATT;ouvriers qui perçoivent des salaires insignifiants(moins de 400FF/mois) et qui n'en finissent pas de tomber malades à cause des matériaux qu'ils inhalent.

Notre immense désert lui, qui est aussi une ressource dans un sens visuel (la beauté de l'immensité désertique est un spectacle féerique) cache les déchets nucléaires de l'Etat sioniste d'Israël ( ennemi d'hier, ami d'aujourd'hui, contradictions de toujours de la politique étrangère de notre pays) hypothéquant ainsi la descendance déjà pauvre d'une population qui n'arrête pas d'en voir de toutes les couleurs.

De ressources naturelles, notre pays en dispose d'autres, encore plus naturelles: les tortures, le racisme, l'esclavage, le tribalisme, les mensonges, les faux-fuyant, la mauvaise foi, la délation et j’en passe des pires. Le pluralisme politique, la démocratie, la justice, la liberté d'opinion et de pensée sont à la population ce que la montagne était pour SISYPHE: un mythe. Une seule télévision et une seule radio distillent insidieusement et méthodiquement, depuis de nombreuses années des niaiseries qui ne poussent ni à la réflexion, ni au débat, encore moins au questionnement auquel chaque être humain à droit: pourquoi ? Ces outils d'information qui devaient nous aider à nous poser des questions sur nous, sur le monde, qui devaient nous aider comme Socrate à accoucher les esprits (maïeutique) ont au contraire inhibé tout esprit de réflexion et de contradiction dans la société Mauritanienne. Le pouvoir crée un nouvel "homo mauritanicus non sapiens", crétinisé lui aussi à outrance.

La Mauritanie est une grande prison (comme dirait un ami) de 1.029.OOO km2 (superficie du pays) où il n'est nullement possible de faire de la "résistance à l'oppression". prison dorée pour 5% de la population qui se partage les 95% des ressources du pays et qui, non contents de se contenter de ce "butin", continue de détourner chaque jour, chaque semaine, chaque mois, d'année en année les aides au développement que les bailleurs de fonds veulent bien accorder à la Mauritanie qui agonise ( saluons à cet effet nos amis de conscience et résistance pour le courage et la rigueur dont ils font preuve dans leur travail); Prison tout court pour la majorité de la population qui se complaît semble t-il dans cet espace de non-droit, ,de non-liberté, de non-travail et de non-vie.

La population mauritanienne est l'une des plus pauvres de la planète; elle possède aussi un taux d’analphabétisme très bas, elle possède aussi l'opposition la plus molle (opposition s'il en est) ; elle possède en prime le peuple le plus soumis, le moins récalcitrant et le moins rétif de la planète; c'est un peuple que l'on peut violer, voler, épurer, appauvrir, écarteler a volonté; un peuple que l’on peut jeter en prison à tout moment de la journée sans autre forme de procès ; un peuple que l’on peut condamner à perpétuité sans qu’une seule voix ne s’élève contre l’injustice qui lui est faite ; c'est un peuple qui ne veut pas prendre son destin en main, un peuple veule ,un peuple qui n'a pas de hargne ; cette hargne dont on fait preuve les sud-africains, les maliens, les zapatistes, les tchétchènes, les casamançais, les timorais et autres ; je ne parle pas de leur esprit guerrier mais simplement de leur esprit de révolte( les moyens d’exprimer cette révolte sont nombreux et nous restons persuadés que la désobéissance civile et la non-violence sont les plus appropriés).

Il est facile de dire non, quand on est dans son bon droit. Bref, le peuple mauritanien est un peuple dont le "Che" n'aurait certainement pas voulu même pour être marmiton dans sa troupe. Sa théorie des " focos " (foyers) trouve pourtant , tragiquement sa transposition sociale dans notre capitale (foyers de pauvretés qui se trouvent de l’autre côté de l’Avenue Gamal Abdel Nasser).

Notre chef d'Etat est content de cette situation, heureux de savoir qu'il peut impunément disposer de ce peuple "malléable et corvéable" à merci; il ne s'en prive pas d'ailleurs et il a , à plusieurs reprises tué, déporté, torturé et forcé à l'exil plusieurs de ses compatriotes; aidé à vendre, prêter des esclaves en ne mettant pas en place les outils juridiques et psychologiques nécessaires pour leur affranchissement. La coupe est pleine depuis bien longtemps mais personne ne veut la vider, personne n'ose la vider, on la laisse déborder. Le chef de l'Etat est le premier responsable de cette longue dérive.

Les puissances occidentales continuent allègrement de lui octroyer crédits et crédibilité, de l'asseoir sur son pouvoir; Sur le plan International, le malheur de notre pays réside dans le fait qu'il ne constitue pas un marché donc pas un enjeu financier international: deux millions cinq cent milles habitants, ce n'est pas grand-chose sur le plan de la consommation; c'est encore moins grand-chose si prés de deux millions de ses habitants sont pauvres et qu'ils n'ont pas les moyens d'acheter de l'essences chez ELF, des pneus chez MICHELIN ou un ordinateur multimédia chez MICROSOFT; partant de ce raisonnement simpliste mais Ô combien juste, les puissances occidentales préfèrent que le "statu-quo ante" soit maintenu, que "l'ordre" continue de régner pour que leurs intérêts restent sinon progressifs, du moins constants. le "malthusianisme" capitaliste retrouve ainsi chez nous toute son acuité et toute sa sauvagerie.

A la manière de ZOLA, "j'accuse" donc le régime mauritanien en place d'ôter au mauritanien tout espoir de vie, de vision, d'ambitions dans l'avenir;

j'accuse le régime en place de faux, d'usage de faux, de haine envers son peuple ;

j’accuse le régime de vol, de détournements de fonds, de détournements d'esprits, de crétinisation du peuple, de clochardisation des élites ;

j’accuse le régime de pillages des ressources naturelles et humaines, de non-assistance à peuple en danger, de crimes contre l'humanité ;

j’accuse le régime de complicité dans les dérives nationalistes(noire et arabe), de ségrégation raciale, de tentative d'homicide volontaire à l'encontre des générations futures, de séparation et de "ghettoïsation" des populations ;

j’accuse le régime en place de forcer ses enfants à l’exil, de leur ôter tout espoir de retour.

Il manque certainement plusieurs chefs d'accusation qu'un juriste plus émérite que moi ou qu'une simple victime du système de TAYA ajouterait à cette liste. Nous ne devons plus accepter que nos seuls choix soient la mort où la survie; le peuple Mauritanien pour ma part mérite mieux que ce qu'on ne lui propose. Nous avons le droit de vivre notre vie, de vivre notre indépendance d'esprit, de vivre notre liberté, de vivre nos différences, de vivre notre rêve.

Je ne finirais pas ce réquisitoire sans faire appel à ce peuple que j'ai jugé durement mais que j'aime par dessus tout." Qui bene amat bene castigat" dit l'adage latin ; Lève-toi, je t'en conjure!

Ne vois-tu pas ce qu'ils sont en train de faire de toi, ne vois-tu pas ton dos saignant lapidé à mort? ne vois-tu pas ces tombes de "citoyens inconnus" sans inscriptions, n'entends-tu pas les cris désespères de tes enfants violées, ne sens-tu pas cette nauséabonde odeur que dégage les cadavres décomposés sous ton chaud soleil, ne vois-tu pas à l'horizon ces charognards qui attendent patiemment, opiniâtrement la fin de ton agonie?

Ne vois-tu pas dégouliner cette sueur de trop sur le front de ses "haratins"; Ne vois-tu pas ces chaînes qui te serrent sournoisement le cou? lève-toi et ......marche.

Marche, partout où tes maigres pieds peuvent t'amener; crie partout où ta pauvre voix peut porter; de tes mains exsangues prends tendrement les colombes de la paix et donne les à ton frère noir, blanc ; de ton corps décharné fait un flambeau pour que brûle à jamais la dictature.

Je le dis et je répète, nous méritons mieux que tout cela, nous le méritons d'autant plus que nous avons longtemps souffert de la dictature.

J'ai honte de mon pays, j'ai honte pour mon pays.

N’gaidé Mourtada

Membre du Bureau Politique du FAAS

 

DEMISSION D'UN FONCTIONNAIRE
DE L'AMBASSADE DE MAURITANIE AU MAROC

Ahmed Ould Mohamed Salem

Fonctionnaire à l’ambassade de RIM au Maroc

 

Luisville (Les Etats Unis d’Amérique), le 12 novembre 99.

 

Monsieur le ministre,

 

Je soussigné, Ahmed Ould Mohamed Salem, fonctionnaire à l’ambassade de Mauritanie au Maroc, vous présente ma décision de me démettre de toutes mes fonctions actuelles. Ma démission prend effet avec la date de la présente lettre. Il s’agit de ma part d’une décision qui est bien entendu définitive et irrévocable. Aussi par la présente je déclare que je rejoins mes camarades de lutte de Mauritanie Réflexion Changement avec lesquels j’ai toujours gardé les liens que nous dictent nos aspirations communes à une autre Mauritanie plus juste et plus égalitaire.

 

J’ai longtemps eu l’illusion qu’en travaillant dans les institutions de mon pays je pourrai contribuer avec mes autres amis à faire un changement de l’intérieur ; un minimum de changement aussi minuscule soit-il. J’espérais ainsi apporter une modeste goutte de justice dans un océan d’indifférence et surtout d’avanie.

A une administration où la corruption, l’affairisme, le népotisme, l’arrivisme et autres ismes de la même trempe constituent l’essentiel du mode de fonctionnement, des idéaux comme la justice ou l’égalité ne peuvent que faire peur. Je ne m’étendrai pas ici sur le quotidien de cette administration ni sur mon expérience personnelle en son sein car il s’agit désormais de pratiques suffisamment courantes et banalisées qu’il est inutile de s’en expliquer davantage. Ce qui est sûr c’est que mon expérience fut éprouvante et mes efforts se sont révélés vains. Aider un étudiant dans ses démarches administratives, à titre d’exemple, (ce qui en fin de compte faisait partie de mon travail ; du moins officiellement) m’était souvent impossible ou déconseillé. Ne parlons donc pas des autres tâches! Non seulement j’ai eu à vivre la douleur et l’amertume de l’humain que j’étais face à l’incapacité de changer ni même d’améliorer, mais il fallait me rendre à l’évidence : il n’y a pas de compromis possible entre mes convictions et mon travail. Seule alternative : accepter les lois de la jungle ou en fuir.

 

La mafia au pouvoir en Mauritanie en est à un état de dépravation tel que des petites expériences singulières, même munies de toute la bonne volonté du monde, se voient très vite se solder par un échec inévitable. Pour qu’une plante puisse pousser et fleurir, il faudrait qu’il y ait déjà de la semence ! Dans l’absence de cette semence ma modeste goutte aussi bien que tout autre arrosage ne peuvent en aucun cas récolter que la frustration.

Devant une réalité aussi grave, je considère que ma fonction à l’ambassade de Mauritanie au Maroc n’a plus de sens. Et j’appelle tous mes collègues et confrères à réfléchir à cette situation et à prendre la décision qui s’impose. La lutte à visage découvert doit désormais prendre le dessus.

Par conséquent je me sens aujourd’hui libre de lever l’anonymat sur la mission de coordination entre ses sections des Etats-Unis que m’a confiée l’Alliance des Forces de Refus.

Veillez croire monsieur le ministre à toute ma détermination.

 

Ahmed Ould Mohamed Salem

Luisville (Les Etats Unis d’Amérique)

le 12 novembre 99.

 

 

 

 

 

REACTION DE LA CLASSE POLITIQUE MAURITANIENNE

***Mr Messaoud Ould Boulkheïr, président de Action pour le Changement (AC): " depuis le gel de la coopération militaire avec la France, les "autorités mauritaniennes cherchent une solution de rechange".

***Pour Ahmed Ould Daddah, secrétaire général de l'UFD/EN (tendance Ahmed), cette décision, "extrêmement grave" et qui "ne reflète pas les aspirations du peuple mauritanien", ne se justifie que par la volonté du pouvoir en place de trouver "un palliatif à la France" avec laquelle les "rapports sont froids depuis l'arrestation d'un officier mauritanien".

Notre frere Jemal Ould Yessa n'exclut pas l'hypothése
selon laquelle la décision mauritanienne aurait été "achetée"
au Colonel Ould Taya et à ses proches

***Interrogé parle présentateur Jemil Azir , dans le cadre du programme intitulé Milef Al Ousbou( le dossier de la semaine). Notre compatriote a insisté sur les liens très particuliers qui unissent les milieux d'affaires et politiques d'Israel aux entrepreneurs issus de la tribu du Chef de l'Etat. En outre, il a considéré que l'hypothèse, selon laquelle la décision mauritanienne aurait été "achetée" au Colonel Ould Taya et à ses proches, ne peut être exclue.
***L'UFD/EN de Mohamed Ould Maouloud parle d'un "jour sombre pour le peuple mauritanien" avant de souligner qu'en "établissant des relations diplomatiques avec Israël dans de telles circonstances, non seulement le gouvernement mauritanien rompt la solidarité entre les pays arabes, mais il apporte sa caution au comportement d'Israël, en rupture complète avec les intérêts des peuples arabes".
Pour cette raison la formation de Ould Maouloud "condamne fermement" cette mesure.

***Pour sa part, le Comité national contre la normalisation entre la Mauritanie et l'Etat d'Israël a réagi par un communiqué dans lequel il condamne la décision des autorités mauritaniennes, la qualifiant de "trahison".
Affichant son intention de "continuer la lutte", l'organisation promet de faire "déménager la représentation diplomatique de l'entité sioniste dans un bref délai".

Page 2

RUBRIQUES

Editorial
Hommage à Me.Fatimata M'baye
Evenement
Politique
Economie
Actualité
Nouvelles Breves
VISITEZ NOTRE SITE
Contactez la Rédaction